Matières premières

La Sarthe et le chanvre

La culture du chanvre est une des spécialités sarthoises. Sa culture y remonte au XVIIIe siècle ; au début du XXe siècle, ce département était le premier cultivateur de chanvre en France.

Le chanvre est une plante vivace annuelle, semée fin mai début juin, sur des terres chaudes et humides. La terre à besoin d’être très meuble et demande 3 labours avant les semis. Le semis se faisait autrefois à la volée par les femmes, puis un passage de herse sur les graines permettait de les recouvrir ; vint ensuite l’industrialisation notamment pour les techniques d’ensemencement.

La plante sort de terre après 4 jours, au bout de 8 jours le sol est recouvert, et 3 mois plus tard, la plante arrive à maturité, elle pousse d’environ 10 cm par jour. Cette plante fait partie du genre botanique Cannabis à même titre que ceux dits récréatifs, mais je vous déconseil de l’essayer vous risqueriez uniquement d’être malade ; elle présente des pieds femelles et des pieds mâles (dioïque). La récolte se fait à la période de la Saint Louis vers le 25 Août, on récolte le basson (pied+tête) par arrachage.

Les femmes avais pour tache de semé jusqu’à l’arrivé de la mécanisation.

Puis viennent les étapes qui vont permettre de séparer la fibre textile ou chènevotte de la tige putrescible (aujourd’hui utilisée pour l’isolation). Ça commence par le rouissage, cette phase consiste à plonger les plantes dans l’eau durant 4 à 5 jours (elle engendrait également une forte pollution de l’eau au grand dam des pêcheurs, et les poissons faisaient régulièrement des indigestions de chenevis). Cette étape était réalisée par le charretier et le patron de la ferme : ils empaquetaient les bassons par douzaine, puis positionnaient en croix les premiers pour faire une sorte de radeau et ensuite ajoutaient les autres par dessus. On finissait par une couche de paille pour protéger la plante avant de poser des cailloux sur le tas et ainsi alourdir l’ensemble pour que tout le radeau soit sous l’eau. Ces radeaux immergés, aussi appelés « taillés », comptaient environ 60 douzaines, ils étaient réalisés dans des mares ou directement en rivière notamment dans la Sarthe.

Après le rouissage les bassons sont séchés au soleil, directement étalés sur le champ durant une semaine, ils seront retournés une fois (généralement par des enfants) pour qu’ils sèchent des deux côtés, puis engrangés.

une brai

C’est à l’hiver que l’on reprendra les prochaines étapes. Il y aura d’abord le broyage, mais avant cela les bassons seront passés dans un grand four (bâtiment proche d’une volière en plus petit, avec deux portes, une en bas pour l’alimentation du four, une autre plus haute pour aller déposer les bassons). En effet le broyage se fait plus facilement avec des fibres chaudes. Et enfin, les brins serons passés par un affûteur, dans une brayeuse et récupérés de l’autre côté de la machine par le tire cul. Les finitions se feront sur une petite brai.

Avec toutes ces étapes, nous obtenons la fibre de la plante. Grace au peignage, les fibres sont triés en deux sections, les grosses issues des plantes femelles serviront à faire des cordages et des sangles pour l’armée, l’agriculture et l’industrie. Une partie de la production sera travaillée sur place et une autre partie de la production sarthoise sera envoyée à la corderie royale de Rochefort sur Mer. Les fibres plus fines, issues des plantes mâles, serons utilisées pour le travail textile, elle seront stockées en « poupine » jusqu’à ce qu’elles soient vendues.

La fibre de chanvre est plus longue et plus rêche que la fibre de lin. Aujourd’hui on cultive de nouveau du chanvre pour faire des isolants naturels pour les intérieurs de maisons.

Pour en découvrir plus, je vous invite à visiter le Prieuré de Vivoin dans la Sarthe.
Et aller visionner cette vidéo : Le chanvre (vidéo en français, sous titré en anglais)

ChaPo, janvier 2019