Carlotta Nanut, mon élève italienne, a obtenu son master
Avec un mémoire consacré à « la dentelle à l’aiguille vénitienne et française des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles »
C’est avec une grande joie que j’ai appris la nouvelle.
Je ne vous cache pas être très fière de la jeune Carlotta, étudiante italienne, venue vers moi il y a deux ans pour découvrir le savoir-faire de la dentelle au point d’Alençon. Elle souhaitait comprendre les différences et les liens entre la dentelle de Venise, berceau de la dentelle à l’aiguille, et la dentelle d’Alençon qui en est son héritage.
Carlotta a obtenu en 2025 une bourse pour les jeunes dentellières par l’OIDFA. L’introduction d’un système de bourse(s) tend à permettre aux jeunes dentellières et dentelliers de réussir dans leur domaine d’étude et de faire progresser la connaissance et le développement de la dentelle.
Résumé
Voici une présentation par Carlotta, en version française et anglaise. Toutefois, pour le moment ce mémoire n’existe qu’en version italienne.
La dentelle à l’aiguille entre Venise et la France aux XVIIe et XVIIIe siècles. Questions de chronologie, d’historiographie et de géographie artistique
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la dentelle à l’aiguille se trouve au cœur d’une dynamique complexe de transfert technique et de migration d’une main-d’œuvre féminine spécialisée entre Venise et la France. Cette étude propose une analyse comparative des contextes de production et de commercialisation dans ces deux espaces, en accordant une attention particulière à la géographie de la technique « vénitienne » au-delà des limites de la lagune, ainsi qu’à son interprétation technique au sein de la Manufacture des Points de France, fondée par Jean-Baptiste Colbert en 1665, et dans les centres de production dentellière français du XVIIIe siècle.
La recherche se concentre sur l’analyse des principales techniques de fabrication vénitiennes et françaises, en proposant une reconstruction hypothétique et comparative des pratiques de la dentelle à l’aiguille à l’époque moderne, fondée sur l’examen direct des œuvres conservées. Cette approche permet de remettre en question le canon historiographique du XIXe siècle concernant les typologies de dentelles attribuées au domaine vénitien, tout en étudiant les processus de construction et de codification du « typique » lors du renouveau de la production dentellière entre le XIXe et le XXe siècle, à travers une relecture critique des sources historiographiques et l’analyse technique des spécimens de dentelle.
Needle Lace between Venice and France in the Seventeenth and Eighteenth Centuries. Issues of Chronology, Historiography and Artistic Geography
In the seventeenth and eighteenth centuries, needle lace was at the centre of a complex dynamic of technical transfer and the migration of skilled female labour involving Venice and France. This study offers a comparative analysis of the production and commercial contexts of these two areas, with particular attention to the geography of the “Venetian” technique beyond the boundaries of the lagoon and to its technical re-elaboration within the Manufacture des Points de France, established by Jean-Baptiste Colbert in 1665, as well as in French production centres during the eighteenth century.
The research focuses on the analysis of the main Venetian and French lace-making techniques, proposing a hypothetical and comparative reconstruction of early modern needle lace practices based on the direct examination of surviving artefacts. This approach allows for a critical reassessment of the nineteenth-century historiographical canon of the lace types attributed to the Venetian sphere, while also investigating the processes through which the notion of the “typical” was constructed and codified during the revival of lace production between the nineteenth and twentieth centuries, through a critical review of historiographical sources and the technical analysis of lace specimens.



siècle – Musée de Normandie
Evolution de la dentelle à l’aiguille européenne
Gros point de Venise
Berceau de la dentelle à l’aiguille, c’est à Venise qu’apparut la première dentelle à l’aiguille au XVIᵉ siècle. Le Gros Point de Venise fut la première. Composé de motifs de grandes tailles, ornés d’un contour en volume, assemblés entre eux par de petites brides.

1660 – 1670
Maison des dentelles d’Argentan
Point de France
Lors de la migration de la dentelle à l’aiguille en France. Les manufactures commencèrent par créer ce que l’on nomme le Point de France. Des motifs aux contours qui s’affinent et les brides de plus en plus fournies jusqu’à presque constituer comme un fond.

Vers 1670
Maison des dentelles d’Argentan
Point d’Alençon
C’est au XVIIIᵉ siècle que fut créée une manufacture à Alençon. La dentelle va continuer de s’affiner, de nouveaux points très graphiques apparaissent et lui donneront plus de légèreté. Aujourd’hui encore, elle est toujours considérée comme la dentelle la plus fine du monde.

19e siècle
Musée des beaux art et de la dentelle d’Alençon


